Notes lexicales : siècle, sélculier, sécularisation

De LERDA
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Siècle :

SIÈCLE, signifie encore, L'état de la vie mondaine, en tant qu'il est opposé à l'état d'une vie chrétienne, de la vie religieuse. Les gens du siècle. Il est demeuré dans le siècle. Il se retira du siècle. Vivre suivant les maximes du siècle.

B. − RELIGION [Avec art. déf.]

1. [Le subst. est déterminé par un adj.]

a) Le siècle présent. La vie d'ici-bas. Oublier la corruption et les ténèbres du siècle présent (Bremond,Hist. sent. relig., t. 4, 1920, p. 254).

b) Le siècle futur. La vie d'En-Haut, la vie éternelle après la fin du monde. Il en sera ainsi jusqu'à ce que son règne [du Christ] arrive, avec le siècle futur (Maritain,Primauté spirit., 1927, p. 187). 2. Empl. abs.

a) Le monde et ses préoccupations temporelles (considérées comme frivoles, futiles, par opposition à la vie spirituelle, chrétienne). Se peut-il, monsieur, que, menant une vie sainte et retirée, je vous voie tout à coup donner dans les vices du siècle? (France,Contes Tournebroche, 1908, p. 141).La vie chrétienne dans le siècle est toute proportion, toute mesure: un équilibre... (Bernanos,Imposture, 1927, p. 311).

♦ Enfant du siècle. Personne incrédule qui rejette toute valeur morale, spirituelle. Partout il [ce Signe, le Talisman de la Croix-stellaire] se dresse, ignoré des enfants du siècle, mais inévitable (Villiers de L'I.-A.,Contes cruels, 1883, p. 386):

3. ... toute cette vie de combats et de tortures serait-elle perdue? Non! s'écria-t-il encore avec enthousiasme en élevant ses longs bras grêles hors de ses manches de bure, je ne le croirai pas; je ne me laisserai pas décourager par les paroles impies de cet enfant du siècle. Sand,Lélia, 1833, p. 277. b) Le monde et ses activités profanes par opposition à la vie consacrée à Dieu, à la vie en religion. Vivre dans le siècle, hors du siècle; vivre selon le siècle; quitter le siècle, renoncer au siècle. Ce stage dans la cléricature dura peu. Il abandonna à temps une carrière pour laquelle il n'était pas fait et rentra dans le siècle (Grousset,Croisades, 1939, p. 55).

c) P. anal. Le monde et la civilisation par opposition à la nature, à la vie naturelle. Tandis que l'homme naturel suit tranquillement la pente douce et facile qui doit le conduire au repos éternel, le vieillard du siècle dispute avec acharnement une place que la nature destine à sa postérité (Laclos,Éduc. femmes, 1803, p. 443).Le siècle n'a mis aucune marque sur cet horizon qui n'est fait que du grand ciel et des plis du terrain (Barrès,Pitié églises, 1914, p. 335).

Séculier :

Qui vit dans le siècle. Il se dit particulièrement en parlant des Ecclésiastiques et s'oppose à Régulier. Vie séculière. Prêtres séculiers. Clergé séculier. Il signifie aussi Temporel, laïque. Tribunaux séculiers. Juridiction séculière. Fig., Le bras séculier, La puissance de la justice temporelle. Livrer un ecclésiastique au bras séculier.

SÉCULIER s'est dit aussi pour Mondain. Une vie séculière et nullement chrétienne.

SÉCULIER s'emploie aussi comme nom et il ne se dit alors que des Laïques. C'est un séculier. Dans ce monastère on a fait un bâtiment pour les religieux et un autre pour les séculiers.


SÉCULIER, -IÈRE, adj. et subst.

HIST., RELIG. CHRÉT.

A. − Adjectif 1. [En parlant d'une pers.]

a) Laïque. Anton. ecclésiastique, religieux.Juges séculiers. [Les converses] n'étaient pas en nombre pour y suffire, et il y avait en outre deux servantes séculières, Marie-Anne et Marie-Josèphe (Sand, Hist. vie, t. 3, 1855, p. 155).

b) [Qualifie des personnes ayant des engagements particuliers vis-à-vis de Dieu et de l'Église selon des statuts différents, mais dont la caractéristique essentielle est la vie dans le siècle et non en communauté] Anton. régulier.Chanoine séculier. Les prêtres séculiers comme les religieux se trouvèrent ramenés à la condition de simples citoyens (Lefebvre, Révol. fr., 1963, p. 556).[En 1727, l'évêque de Strasbourg] reconnaît aux dames [de Remiremont] cette qualité de chanoinesses séculières qui leur tient tant à cœur (Remiremont, Hist. de la Ville et de son Abbaye, Vagney, G. Louis, 1985, p. 103). 2. [En parlant d'un groupe de pers., d'une institution]

a) Qui est composé de personnes ayant des engagements particuliers vis-à-vis de Dieu et de l'Église mais vivant dans le siècle. Anton. régulier.Chanoinesse au chapitre séculier de l'Argentière (France, Livre ami, 1885, p. 97).Les Sulpiciens sont du clergé séculier. Aucun vœu ne les attache à leur société (Billy, Introïbo, 1939, p. 39).

b) Institut séculier. ,,Institut de recherche de vie parfaite, dont les membres continuent à vivre dans le monde, sans être astreints à la vie commune`` (Foi t. 1 1968, s.v. siècle). [Démontrer] la parfaite adaptation de la compagnie de Jésus, des sociétés de prêtres, des instituts séculiers aux conditions du monde moderne (Philos., Relig., 1957, p. 44-9).

3. [En parlant d'une chose]

a) Relatif au domaine temporel, laïc, profane. Pouvoir séculier; autorité, cour, justice, puissance séculière; tribunaux séculiers. L'on voit (...) Pierre IV, roi d'Aragon, interdire rigoureusement aux ecclésiastiques d'empiéter sur la juridiction séculière (Mérimée, Don Pèdre Ier, 1848, p. 31). ♦ Bénéfice séculier. V. bénéfice II A 2 synt.Bras séculier. V. bras I B 3 b hist.

b) Propre au siècle, à la vie dans le siècle, selon le siècle. Deux moines augustins (...) arrivèrent à Paris armés et en habit séculier (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 2, 1821-24, p. 221).Concilier, tant bien que mal, les nécessités de la vie et du préjugé séculier avec les commandements de la religion (Faral, Vie temps st Louis, 1942, p. 177).

c) Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Sainteté tournée vers le temporel, le séculier, le profane (Maritain, Human. intégr., 1936, p. 133).

B. − Substantif

1. Laïc, laïque. La même Bulle accordait aussi à ce couvent de pouvoir servir de retraite à des séculières qui, dégoûtées du monde, voudraient faire pénitence sans se lier par des vœux (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 1, 1840, p. 50).Le chant terminé, tous les sept [princes-électeurs] prêtaient serment, les séculiers la main sur l'évangile, les ecclésiastiques la main sur le cœur (Hugo, Rhin, 1842, p. 275). 2. Subst. masc. Ecclésiastique vivant dans le siècle. Anton. régulier.La Constituante s'attaqua d'abord aux réguliers (...). On discuta de la réforme des séculiers dans le plus grand calme à partir du 29 mai 1790 et, le 12 juillet, on adopta la Constitution civile du clergé (Lefebvre, Révol. fr., 1963, p. 188). REM.

Séculièrement, adv.D'une manière séculière. L'abbesse de Saint-Paul (...) avait juridiction sur des terres et des châteaux, vivait sans clôture et presque séculièrement (Gautier, Guide Louvre, 1872, p. 248). Prononc. et Orth.: [sekylje], fém. [-jε:ʀ]. Ac. 1694, 1718: seculier, ere; dep. 1740: sé-, ère. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1210 « qui vit dans le siècle, dans le monde » chanoinne seculier (Guiot de Provins, La Bible, éd. J. Orr, 930); 1269-78 fame seculiere (Jean de Meung, Roman de la Rose, éd. F. Lecoy, 8672); p. ext. id. robe seculiere (Id., ibid., 19405); b) 1306 empl. subst. les seculiers (Guillaume Guiart, Branche des royaux Lignages, éd. Wailly et Delisle, 20184); 2. 1269-78 « qui appartient au domaine laïque, temporel » (Jean de Meung, op. cit., 5640: juge [...] soit seculier ou soit d'iglise); 1546 bras seculier (Rabelais, Tiers Livre, 48, éd. M. A. Screech, p. 323); 3. déb. xives. « profane, mondain » seculieres vanitez (Ovide Moralisé, VI, 1789, éd. C. de Boer, t. 2). Issu par substitution de suff. de l'a. fr. seculer (1174-76, Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 276), empr. au lat. saecularis (v. séculaire). Fréq. abs. littér.: 188. Bbg. Freire (J. G.). R. port. Filol. 1969-1971, t. 15, n o1/2, pp. 481-482.

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A. − HIST., RELIG. CHRÉT.

1. Action de séculariser une personne, une institution, un établissement religieux; résultat de cette action. [MmeLouise] va lire à l'église son office de la Vierge, selon une des règles de son ordre dont la sécularisation ne la dispense pas (Bernanos, Mauv. rêve, 1948, p. 1004).Indult de sécularisation. Acte juridique en vertu duquel un clerc passe de la condition régulière à la condition séculière, ou un non-clerc (frère, religieux) de la condition régulière à la condition laïque (d'apr. Foi t. 1 1968).

2. Action de transférer un bien d'Église dans le domaine public, laïc; résultat de cette action. La Prusse s'est formée en grande partie par la sécularisation de principautés ecclésiastiques (Ac.1878, 1935).Ses membres [du clergé] se trouvaient réduits, par la sécularisation de ses biens, à la condition de fonctionnaires salariés (Lefebvre, Révol. fr., 1963, p. 187).

3. Action de soustraire une fonction, une institution sociale à la domination, à l'influence religieuse, ecclésiastique, de (la) mettre entre les mains des laïcs, des pouvoirs publics; résultat de cette action. Synon. laïcisation.1881, sécularisation des grands services de l'État (hôpitaux, tribunaux...) (Le Nouvel Observateur,12 août 1968,p. 16, col. 1).

B. − Action de donner à quelque chose un caractère laïc, non religieux, non sacré; résultat de cette action. Le pas décisif qu'il [Nietzsche] fait accomplir à l'esprit de révolte consiste à le faire sauter de la négation de l'idéal à la sécularisation de l'idéal (Camus, Homme rév., 1951, p. 103).Une étude historique intégrale du mot [âme] montrerait une sécularisation croissante depuis les premiers emplois dans les textes chrétiens les plus anciens jusqu'à nos jours (P. Imbsds Communio, 1987, t. 12, n o3, p. 59). Prononc. et Orth.: [sekylaʀizasjɔ ̃]. Ac. 1694, 1718: secularisation; dep. 1740: sé-. Étymol. et Hist. 1. 1567 « action de séculariser un religieux » (Papon, Rec. d'arretz notables, 3 b ds Fonds Barbier); 2. 1690 « action de faire passer dans le domaine séculier un établissement religieux » (Fur.); 3. 1890 « processus d'élimination progressive de tout élément religieux » (Renan, Avenir sc., p. 82). Dér. de séculariser*; suff. -(a)tion*